c

Chris Ulmer. Ce nom ne vous dit probablement rien et pourtant, cet instituteur qui donne des cours à des enfants en difficulté dans la ville de Jacksonville, en Floride, a eu une idée géniale. 

Chaque matin, plutôt que de faire l’appel de manière classique, il démarre la journée en complimentant chacun de ses élèves devant tout le monde. « C’est génial de t’avoir dans ma classe. » «  Je pense que tu es drôle. » « Tu es un super joueur de foot. » « Tout le monde ici t’adore. »

Et le résultat est spectaculaire. Rassurés, mis en confiance quant à leur valeur et leurs capacités, les élèves développent tous leurs potentiels. Et ce n’est pas tout, “quelques semaines après le début de cette expérience, mes élèves ont commencé à se complimenter entre eux spontanément. Ils se félicitent pour leurs réussites comme si chaque réussite était aussi la leur ” explique l’instituteur.  

Ah que l’on aurait aimé être dans la classe de Chris Ulmer ! Et que l’on aimerait aujourd’hui dans notre job être « reconnu » de cette manière, pour nos talents, pour notre personnalité. Or, j’entends plutôt parler de « manque de reconnaissance ».  Dans la catégorie « qu’est ce que vous n’aimez pas dans votre job ? qu’est-ce qui vous coûte ? », le manque de reconnaissance est très souvent cité par mes clients.

Il s’exprime de différentes manières : « on ne me dit jamais merci » « personne ne sait ce que je fais » « on ne s’intéresse pas à moi » « j’ai l’impression de ne servir à rien » « mon boss ne me considère pas à ma juste valeur, il me donne des tâches bien en-dessous de mes compétences ». 

Or, le besoin de reconnaissance est notre besoin psychologique N°1. Il contribue donc fortement à l’aspect plaisir au travail. Pourquoi ? Comment ? Je vous explique tout dans cet article !

6 infos clé sur le besoin de reconnaissance

1- Il est tout à fait légitime d’avoir besoin de reconnaissance

Avez-vous remarqué comme il est désagréable que l’on ne réponde pas à votre bonjour ? Comme il est déplaisant d’être ignoré par quelqu’un ? De ne pas avoir de réponse lorsque l’on envoie une candidature ? 

C’est normal : nous avons tous le besoin fondamental d’être reconnu par l’autre. La reconnaissance est indispensable à notre survie, sans elle nous flétrissons, nous déprimons.

On le voit dans l’exemple de l’instituteur, la reconnaissance nous confirme notre valeur, notre appartenance au groupe, nous nous sentons digne d’intérêt, cela influe sur la confiance en soi.

Vous êtes vous déjà senti pousser des ailes suite à un compliment de quelqu’un qui compte pour vous ? La reconnaissance agit comme un carburant, elle nous fait avancer. Pas étonnant donc que nous mettions toutes sortes de tactiques en place pour avoir notre dose de reconnaissance.

2- Les signes de reconnaissance nourrissent ce besoin

« Oh, sympa ta robe ! », « tu m’énerves ! », « tes résultats sont excellents ce mois-ci », « tu n’es jamais disponible ! » « je suis tellement contente de te voir » … Ces phrases sont quelques exemples des signaux que nous envoyons à l’autre pour lui signifier que nous le reconnaissons. Ces signaux sont appelés « signes de reconnaissance ». Nous faisons souvent à peine attention à ce flot d’échanges avec les autres, mais si ces signes viennent à manquer, nous nous sentons mal.

A noter que les signes de reconnaissance peuvent être non verbaux : un sourire, un regard, un geste insultant, un soupir, lever les yeux au ciel sont des signes de reconnaissance.

3- Les compliments et les félicitations sont des signes de reconnaissance

Quand votre manager vous dit : « très bien ton intervention dans la réunion de ce matin ! » ou « cette présentation au client était vraiment réussie », il vous complimente sur quelque chose que vous faites ou avez fait. Ces compliments, ou toute autre remarque agréable à entendre qui porte sur le « faire », sont des signes de reconnaissance conditionnels positifs ; ils favorisent la réussite, sont nécessaires dans tout processus d’apprentissage, sont stimulants, valorisants et renforcent la motivation de ceux qui les reçoivent.

Lorsqu’un collègue vous dit « j’adore t’avoir dans l’équipe », il vous reconnait pour ce que vous êtes. D’autres exemples : « tu es quelqu’un d’important pour moi », « vous êtes vraiment drôle ! ». Ce type de signe de reconnaissance, que l’on appelle signe de reconnaissance inconditionnel positif (parce qu’il porte sur ce que vous êtes), est très puissant ; il favorise le développement de la personne, la pousse à réussir, lui permet de devenir autonome ; il renforce également la relation.

4- Les reproches et les critiques sont aussi des signes de reconnaissance

Et comme ils sont moins agréables à entendre, on dit qu’ils sont « négatifs ».

Des remarques comme « Vous arrivez en retard tous les matins » ou « Vous avez manqué d’organisation sur ce dossier » sont des signes de reconnaissance conditionnels négatifs ; ils sont liés au « faire ». 

Même s’ils sont parfois difficiles à entendre, ils ont eux aussi leur rôle à jouer.  Ils sont indispensables pour orienter, apprendre à agir différemment, corriger les actes indésirables, modifier des comportements problématiques ; ils nous permettent de progresser dans notre travail et sont donc nécessaires dans la vie en entreprise. Ils seront peut-être plus difficiles à gérer si vous avez été habitué à recevoir plutôt des signaux positifs de la part de votre entourage.

Mais sachez que donner un signe de reconnaissance négatif est un signe de respect vis-à-vis d’un collaborateur, le manager montre qu’il croit en sa possibilité d’amélioration. Ces signes permettent également d’éviter d’en arriver aux signes de reconnaissances inconditionnels négatifs.

Les signes de reconnaissance inconditionnels négatifs portent sur la personne, sur ce qu’elle « est »; ils peuvent donc être destructeurs. Ce sont des phrases comme « vous avez un état d’esprit désobligeant avec vos collègues », « tu es méchant », « je déteste tes grands airs ».

Ce signe de reconnaissance est souvent désastreux sur le moral et la motivation, et peut être vraiment néfaste dans l’apprentissage. En entreprise, on observe que l’inconditionnel négatif est utilisé pour se « débarrasser » de quelqu’un ; quand il n’y a pas d’explication à donner, c’est une façon de dire « je me désolidarise de toi ».

5- Nous préférons recevoir des signes négatifs plutôt qu’être ignoré

Souvenez-vous, quand vous étiez enfant, ne vous est-il pas arrivé de faire une bêtise juste pour attirer l’attention de vos parents qui papotent avec des amis ? Mieux vaut se faire gronder qu’être ignoré…

Adulte c’est la même chose, ce que nous détestons le plus au monde, c’est d’être ignoré. Donc, plutôt qu’être ignoré, nous allons mettre en place des stratégies pour aller chercher des signes de reconnaissance négatifs si nous n’arrivons pas à en recevoir des positifs. Par exemple, si mon manager ne me félicite jamais, je vais peut-être plus ou moins consciemment réussir à attirer son attention en accumulant les erreurs…

6 – Nous sommes tous différents dans notre besoin de reconnaissance

Nous avons en effet des besoins différents en quantité et en qualité. Certains d’entre nous ont besoin de beaucoup de reconnaissance, d’autres moins. Certains vont chercher des signes sur leur apparence, d’autres sur leurs compétences ou leur gentillesse ; certains, encore, sur ce qu’ils sont en tant que personne, et d’autres sur ce qu’ils font.

Pour être bien au travail, il est donc intéressant de prendre conscience de notre besoin de reconnaissance, et de connaître la quantité et la qualité des signes de reconnaissance qui nous sont utiles. Parce que sinon, cela peut aboutir à perte de motivation, découragement, stress. 

Il est également intéressant de connaitre les besoins de ses collègues. Un ami m’expliquait par exemple qu’un de ses collaborateurs lui avait dit « moi j’ai besoin de savoir ce qui ne va pas dans mon travail, c’est ce qui me fait avancer ». A l’inverse, un autre collaborateur aura plutôt besoin que l’on mette le doigt sur ce qu’il fait bien.

Mieux nous connaissons nos besoins, plus nous serons efficaces à les satisfaire, et à nous maintenir en bonne santé.

Que nous en ayons conscience ou non, nous passons une grande partie de nos journées à chercher des signes de reconnaissance pour nous nourrir. C’est vrai dans la vie de tous les jours, c’est également vrai en entreprise.

Lorsque ces signes de reconnaissance sont faciles à trouver, nous sommes vite rassasié et il n’y a pas de souci, nous sommes disponible pour faire autre chose. Mais que se passe-t-il si nous ne parvenons pas à trouver ces signes et que nous sommes en pénurie?

Dans ce cas, nous allons aller les chercher par toutes sortes de moyens. Par exemple, monter des stratégies pour les extorquer : couper la parole, gonfler les événements, râler. 

Et si cela ne suffit toujours pas, on ne va pas lâcher l’affaire ! N’oubliez pas : on préfère recevoir des signes de reconnaissance négatifs plutôt que pas de signes de reconnaissance du tout. On va donc chercher à nous faire remarquer : une personne qui se sent mis à l’écart d’une réunion de travail peut par exemple tapoter son stylo contre la table, ou renverser son verre. Mais cela peut aller jusqu’à rater une affaire, bâcler un dossier… et ainsi recevoir les foudres de notre supérieur.

Les signes de reconnaissance ont donc un fort impact sur la vie en entreprise, à différents niveaux. Ils peuvent par exemple impacter :

-l’ambiance dans l’entreprise; une équipe qui manque de signes de reconnaissance (peu de feedback, d’encouragement, de célébration des succès …) va chercher à les extorquer, ce qui ne contribue pas à un climat serein. 

D’après le dernier classement Great Place to Work, 97% des collaborateurs des entreprises lauréates du palmarès qui se sentent reconnus disent aussi de leur entreprise qu’il fait bon y travailler.

-la motivation des collaborateurs: les signes de reconnaissance sont notre carburant, ils participent pour beaucoup au maintien de notre motivation (ou à notre démotivation s’ils sont insuffisants).

-la progression des collaborateurs: les signes de reconnaissance positifs comme négatifs sont indispensables à tout apprentissage.

Au final, les signes de reconnaissance et leur « circulation » agissent sur la performance de l’entreprise. Un ami directeur commercial me racontait récemment que les résultats de ses équipes étaient moroses depuis quelques semaines, mais que la semaine passée, ils avaient enfin décollé. Je lui ai demandé ce qui c’était passé, ce qu’il avait fait de différent. Il m’a répondu qu’il avait vu tous ses collaborateurs en entretien individuel les deux semaines précédentes. « J’ai félicité et encouragé certains, j’en ai recadré d’autres». L’impact a été assez spectaculaire !

Alors si les signes de reconnaissance sont si importants en entreprise, pourquoi est-il parfois si difficile de les trouver en quantité et qualité suffisante ?

Une cliente me racontait récemment que son  manager, avec qui elle travaillait depuis 2 ans, ne lui avait jamais fait de compliment sur son travail !

Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. Les managers n’ont pas tous conscience de l’importance de la reconnaissance, et de ce qu’une pénurie peut engendrer. D’autres peuvent être gênés et ne pas savoir comment s’y prendre, parce qu’ils n’ont pas l’habitude. D’autres peuvent avoir certaines craintes «si je lui dit qu’il travaille bien, il va se reposer sur ses lauriers» «si je lui dis qu’il est bon, il va me demander une augmentation». Ils peuvent penser que cela va nuire à leur relation avec le collaborateur, ou qu’ils vont être critiqués, si ce n’est pas la culture de l’entreprise par exemple.

Et vous, êtes-vous suffisamment reconnu?  Sachez que nous avons tous les moyens de demander et recevoir les signes qui nous sont nécessaires, et qu’il est donc possible d’être actif sur le sujet. Comment faire pour obtenir suffisamment de reconnaissance?

Manque de reconnaissance : que faire ?

Vous estimez que votre besoin de reconnaissance n’est pas satisfait. Cela a peut-être toujours été le cas, ou c’est peut-être passager. Il arrive notamment de manquer de reconnaissance lorsque l’on déménage, lorsque l’on change de style de vie (passer d’étudiant à salarié par exemple), ou de job. Voici quelques idées pour arranger cette situation !

Ouvrir les yeux

Les signes de reconnaissance peuvent venir de n’importe qui dans votre entourage, de votre meilleur ami à votre boulanger. Alors tout d’abord, ouvrez grand les yeux et les oreilles, vous allez peut-être percevoir des signes que vous ne perceviez pas auparavant. N’hésitez pas à accentuer leur impact en demandant « voudrais-tu répéter? » ou « est-ce vraiment ce que tu penses ? ».

Nettoyer ses lunettes

Ensuite, regardons de plus près ce que vous faites des signes de reconnaissance que vous recevez. Y prêtez-vous suffisamment attention ?  C’est-à-dire, leur donner vous l’importance qu’ils méritent ? Il est fréquent par exemple de sous-estimer les signes de reconnaissance positifs : « tu es vraiment une fille brillante » « oh pas tant que ça tu sais ». Soit parce que cela ne cadre pas avec ce que l’on pense de soi même, soit parce que l’on pense que l’autre va nous demander quelque chose en échange, ce n’est pas possible d’être aussi gentil !

Vous l’aurez compris, nous filtrons parfois les signes de reconnaissance et ne percevons pas les compliments à leur juste valeur. Il ne vous reste donc plus qu’à nettoyer vos lunettes et à accepter à leur juste valeur les signes de reconnaissance qui vous sont envoyés.

A l’inverse, on peut avoir tendance à grossir l’importance de signes de reconnaissance négatifs, et notamment les inconditionnels, alors qu’on est tout à fait en droit de les refuser s’ils ne nous conviennent pas ou qu’on ne se reconnait pas dans ce qui est dit.

Donner des signes de reconnaissance !

Que vous soyez manager ou pas : n’hésitez pas à donner des signes de reconnaissance autour de vous ! Souvenez-vous de l’exemple de l’instituteur : les enfants se sont mis à se complimenter entre eux, et à complimenter leur instituteur.

Mais attention, donnez-en des vrais, pas des « en toc ». Un vrai signe de reconnaissance est :

-approprié à la personne et à la situation

-en accord avec la culture de la personne, de l’entreprise, du pays …

-personnalisé, c’est-à-dire spécifique à la personne : par exemple, « tu sais vraiment bien choisir tes vetements » aura plus d’impact que « j’adore ta robe »

-sincère : on le donne parce qu’on le pense vraiment, pas pour obtenir quelque chose en retour

-argumenté: on n’est pas obligé d’argumenter, mais il doit y avoir des éléments permettant de le faire.

On peut reconnaitre l’autre sur sa personnalité, ses compétences, son implication, ses résultats. L’impact est assez dingue en fait.

Demander des signes de reconnaissance !

Lorsque vous avez besoin qu’on vous dépose à la gare, qu’on vous prête un bouquin, vous allez le demander à un ami, un collègue… Alors pourquoi ne pas faire la même chose avec les signes de reconnaissance ? Beaucoup d’entre nous ont la croyance qu’il ne faut pas demander de reconnaissance, parce que les signes qu’on reçoit alors ont moins de valeur.

Or il n’en est rien ! Si vous avez besoin de feedback dans votre travail, dites-le ! Si vous avez besoin que vos amis ou votre amoureux disent du bien de vous parce que vous doutez ou juste parce que vous avez eu une mauvaise journée, demandez-leur ! c’est mieux que de faire la tête et d’attendre qu’on vous le dise. Demandez ce dont vous avez besoin, n’attendez pas qu’on le devine !

En entreprise, la génération Y est connue pour demander du feedback, elle a tout compris !

Se donner des signes de reconnaissance

Il existe une personne qui pourra toujours vous donner des signes de reconnaissance, et autant que vous voulez ; cette personne, c’est vous ! Eh oui, on peut également se donner des signes de reconnaissance, se féliciter pour un objectif que l’on a atteint par exemple; ça fait du bien à l’estime de soi et ne donne pas forcément la grosse tête 😉 D’où l’importance de fêter vos réussites, vos succès.

Faire un stock

Enregistrez les signes de reconnaissance que vous avez reçu, vous pourrez ainsi vous remémorer une scène, repenser à ce qui vous a été dit. Faites-les revivre en les racontant à d’autres ! Au bureau, faites vous une collection de «gentils e-mails», ceux que l’on vous envoie pour vous remercier, vous féliciter… et les mauvais jours, ressortez-les ! Ca aide à relativiser…

Vous l’aurez compris, la reconnaissance est un concept que j’aime beaucoup car je trouve qu’il facilite nos rapports avec les autres et donne des clés pour résoudre de nombreux problèmes, notamment dans l’entreprise. J’espère que ces quelques pistes vous permettront de prendre soin de votre besoin de reconnaissance.

👉Un autre besoin tout aussi important, et notamment dans notre vie professionnelle, c’est le besoin de stimulation. Mais savez-vous ce qui vous stimule, ce qui vous enthousiasme, ce qui vous fait vibrer ?

Si ce n’est pas le cas, inscrivez-vous au challenge en ligne que j’organise du 1er au 5 avril : “5 jours pour identifier ce qui vous fait vibrer” !

Références :

Pour vous parler de la reconnaissance, j’ai choisi le point de vue théorique de l’Analyse Transactionnelle, ma théorie de référence.

Crédits photos : Adam Jang on Unsplash, Crew on Unsplash, skitterphoto.com, pixabay.com

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *